« Repats » : Bien préparer son retour en Afrique

Posté par Fed Africa dans Nos conseils emploi
Le 07/02/2022
« Repats » : Bien préparer son retour en Afrique
(Interview) Tunisien âgé de 34 ans, Fares Belghith, Top manager dans le domaine du digital et du E-commerce fait, en 2018, un choix qui marquera un tournant dans sa carrière professionnelle. Après une expatriation en Europe, puis en Afrique notamment au Kenya et au Nigeria, le trentenaire décide de rentrer dans son pays d’origine : la Tunisie. 

De plus en plus de talents africains font désormais comme lui, le choix du « retour au pays » pour y poursuivre leur carrière et participer ainsi à l’essor économique de leur terre natale et du continent africain. A travers son témoignage il partage son expérience avec les candidats Top & Middle Management qui envisagent leur retour. Des conseils mais aussi et surtout les bonnes questions à se poser avant de sauter le pas. 

FedAfrica : Après toutes ces années à l’étranger et ton retour au pays, quel est ton avis sur la repatriation ? Comment s’est passé ton retour notamment dans le cadre professionnel ? Quelles ont été les difficultés que tu as rencontrées ? 

Fares Belghith : Je pense que la repatriation est un choix qui en vaut la peine. Après, cela dépend du contexte car il existe différentes réalités en Afrique. Mais en général, le continent africain regorge de marchés où les perspectives sont énormes avec des choses nouvelles particulièrement intéressantes même s’il faut se préparer psychologiquement à ce que certaines choses soient plus dures. Je pense par exemple au management local qui est quelque peu différent en Tunisie et dans certains pays d’Afrique et qui nécessite un effort d’adaptation après une expatriation en Europe ou aux Etats-Unis. Si je dois le décrire en quelques mots : Il est souvent vertical et hiérarchique, mais il ne fonctionne pas s’il est trop autoritaire. En Tunisie par exemple, un manager doit être proche de ses équipes s’il veut pouvoir en tirer le meilleur. Mais il manque parfois un niveau de management participatif. On doit également pouvoir s’adapter à différents niveaux d’éthique professionnelle. J’ai eu l’occasion de faire face à des départs de collaborateurs sans passation ; ce que je n’avais jamais connu à l’étranger. Il y a également la fameuse pointeuse qui est quelque peu déresponsabilisante surtout lorsqu’on est senior dans le top management. Il faut pouvoir s’adapter à tout cela.

FedAfrica : Abordons un point primordial pour les candidats en Middle & Top Management qui décident de rentrer au pays après une expatriation : la négociation salariale. Comment cela s’est passé pour toi ? Quels conseils donnerais-tu ?

FB : C’est une des parties les plus délicates et dans laquelle, on peut être amené à faire des sacrifices lorsque l’on rentre au pays. Dans mon cas, j’ai consenti à une rémunération entre 2 et 3 fois et demie moindre que celle que j’avais à l’étranger. Ce qui ne m’a pas empêché d’avoir l’une des plus hautes rémunérations pour mon profil sur le marché local. Mais bon, je me suis dit qu’après tout ce que mon pays m’avait donné, je pouvais bien le lui rendre. En contrepartie, les entreprises tenteront de retenir leurs employés par des avantages en nature comme une voiture de fonction, une bonne mutuelle de groupe et parfois un logement de fonction pour les postes de top management. Mon conseil pour négocier au mieux sa rémunération dans le contexte local sera de s’appuyer sur des choses que l’entreprise n’a pas encore nécessairement lancées. Sur des métiers un minimum « hype », proches de la tech comme data scientist, expert big data ou machine learning, ou encore dans la Fintech ou le e-commerce, il y a tout à construire. Sur ce genre de compétences, on va potentiellement pouvoir bien négocier. Après, cela dépend aussi de ce que l’on veut. En général, si l’on opte pour une collaboration avec une entreprise familiale, les rémunérations ne vont pas beaucoup monter mais il y aura une certaine stabilité. Ce qui sera plus intéressant, à mon gout, c’est de cibler les nouvelles structures qui se forment comme les start-ups ou les scale-ups. On y trouvera un environnement et un niveau de rémunération plus intéressants. Enfin, il y a les grandes multinationales dotées d’un fonctionnement « corporate » assez similaire qu’ailleurs pour les postes Middle & Top management. Les niveaux de rémunération y sont un peu plus élevés que dans les groupes familiaux. Mais ce qui est certain, c’est que l’on ne vous parachutera pas à un poste clé à la Supply Chain par exemple si vous n’avez pas une expérience similaire solide. 

FedAfrica : Comment as-tu procédé pour chercher un job à ton retour au pays ? Que conseillerais-tu aux candidats Middle & Top management qui font ce choix ?

FB : Dans mon cas, ça a été quasi-entièrement de la cooptation. C’est un contact qui a entendu parler du poste à pourvoir. Parfois l’offre n’est même pas postée ou sinon elle est transmise à des chasseurs de têtes que ce soit par le biais d’un cabinet de recrutement ou à travers les différents dirigeants. Mon principal conseil sera donc de développer son réseau. Si l’on veut revenir dans son pays d’origine après une expatriation, il faut déjà le faire savoir autour de soi et auprès des gens que l’on connait et qui sont déjà au pays.  Pour les multinationales, les offres d’emploi seront un peu plus visibles. On les trouvera sur les sites de carrières ou sur les réseaux sociaux professionnels tels que LinkedIn, qui reste également le réseau préféré des start-ups. Il y a aussi des opportunités qu’on pourra décrocher via des sites ou des cabinets de recrutement plus ou moins sélectifs spécialisés en recrutement Middle & Top Management. Mais à mon goût, le plus efficace lorsqu’on recherche un poste en Middle & Top Management reste le réseau. 

FedAfrica : Est-ce que le retour au pays doit se préparer longtemps à l’avance ? Quelles sont les bonnes questions à se poser ? Y a-t-il un moment idéal pour la repatriation ?

FB : Ma réponse est oui, il faut s’y prendre suffisamment à l’avance car les process de recrutement sont parfois un peu longs. La principale question est de savoir si on est vraiment prêt à sauter le pas et à retourner au pays. Il faut prendre le temps de répondre à cette question. Suis-je vraiment prêt à vivre ce changement ? Car l’un des risques auxquels on peut faire face, c’est le « reverse culture shock » ou le choc culturel inversé. Souvent quand on quitte son pays, on en construit une vision très idéalisée. Naturellement, la nostalgie peut nous faire oublier les aspects les plus négatifs. 

Ce que je conseille pour ceux qui envisagent le retour au pays, c’est d’opérer en quelque sorte un « soft landing ». C’est-à-dire de ne pas revenir « tout d’un coup », ne pas se désengager totalement de ce que l’on a à l’étranger, trouver éventuellement le moyen de faire un temps partiel. Si on a la chance de pouvoir passer au moins 3 ou 4 mois en continu dans son pays d’origine, c’est le mieux afin de se confronter à la réalité du terrain et de tous les aspects de la vie quotidienne. Une réalité à laquelle on n’est jamais vraiment assez préparé lorsque l’on revient juste pour des vacances. 

Aussi, pour une repatriation, il y a naturellement le bon moment dans sa vie personnelle et professionnelle. Et le bon moment pour le pays en fonction de son contexte socio-économique. Beaucoup de pays africains connaissent actuellement une très bonne dynamique à l’instar du Maroc, du Sénégal, du Kenya, du Nigeria ou de l’Egypte. Le bon moment pour les candidats en Middle and Top management dépendra de leur parcours professionnel. Il ne faut pas attendre trop longtemps parce qu’après on devient trop cher ! Les profils Top managers seniors spécialisés, avec un background conséquent risquent de ne pas trouver chaussure à leurs pieds. En ce qui concerne l’âge idéal pour revenir au pays, je dirais entre 28 et 32 ans. Revenir avant peut créer certaines frustrations. Revenir après présente un risque en termes de difficultés à s’adapter. 




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